L'échange des princesses de Chantal Thomas

 

Maria Anna Victoria Louis XV

" Oui, une idée brillante-et d'une symétrie sans défaut" ce double mariage organisé, orchestré par le Philippe d'Orléans. En 1721, Philippe d’Orléans est Régent, dans l’attente que Louis XV atteigne la maturité légale. " Il a trouvé la solution à deux problèmes qui le tourmentaient : le besoin politique de neutralise l'Espagne et d'empêcher une nouvelle guerre; l'envie secrète, sournoise, de retarder au maximum l'époque où le petit roi Louis XV pourrait donner naissance à un dauphin de France.". Le régent propose à Philippe V d’Espagne un mariage entre Louis XV, âgé de onze ans, et la très jeune infante, Maria Anna Victoria, âgée de quatre ans – qui ne pourra donc enfanter qu’une décennie plus tard. Et il ne s’arrête pas là : il propose aussi de donner sa fille, Mlle de Montpensier, comme épouse au jeune prince des Asturies, héritier du trône d’Espagne, pour conforter ses positions.
 " Des jeux d'enfants ... Les Parisiens ont le mot juste. Ces mariages sont des jeux d'enfants, mais organisés par les adultes. "
La réaction à Madrid est plus que positive, et les choses se mettent vite en place. L’échange des princesses a lieu début 1722, en grande pompe, sur une petite île des faisants au milieu de la Bidassoa, la rivière qui fait office de frontière entre les deux royaumes. 
Quand, la petite Maria Anna Victoria arrive enfin à Paris le roi Louis lui dit " Madame, je suis charmé que vous soyez arrivée en bonne santé." Du côté de la France entre Maria Anna Victoria (infante-reine) et Louis XV (l'enfant roi) " Il joue à la guerre. Elle joue à la poupée. Quel équilibre plus parfait ? Tout semble dans l'ordre. Dans leur ordre. Les adultes ne seraient-ils que des fantoches à leur disposition, des figurants pour bals et batailles d'enfants ?"

J'ai beaucoup aimé comment Chantal Thomas évoque les poupées de Maria Anna Victoria. Elles jouent un rôle d'apaisement. Un passage m'a rappelé un conte d'Oscar Wilde : l'anniversaire de l'infante 

" On lui offre Bébé IV, un nain venu de la cour de Pologne. Il porte une perruque rouge, a de gros yeux bleus tout ronds exorbités, il produit grimaces et singeries à volonté. Quand il enlève sa perruque, il découvre un crâne à peu près chauve avec des touffes de cheveux blond pâle très clairsemées. Ce crâne, ces cheveux rares, intriguent l'infante qui n'a jamais vu que des têtes à perruque."Ce nain est pour l'enfant semblable à une poupée vivante, il est présent pour divertir la jeune reine enfant. J'ai été plus sensible au portrait de Maria Anna Victoria, car il sort de l'ordinaire.

Pour moi ce roman est une belle réflexion sur l’enfance sous l’Ancien Régime. Ces jeunes rois et reines sont des victimes et des pions de pouvoir.

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